Quel est le point commun entre celui ou celle qui danse sur du Beyoncé, se régale devant Top Chef, essaye de sortir d’un escape game, lit Vogue magazine ou visite la dernière exposition de la Fondation Louis Vuitton ? Les taxerez-vous d’hérésie si l’on vous avouait que tous ces protagonistes sont victimes de divertissement culturel ?

Suivre l’actualité culturelle n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui. La numérisation des œuvres, les programmes télévisés façon Stéphane Bern, les concerts live, les stories Instagram de toutes les stars. On n’a pas assez de doigts pour tout liker. Mais je vois déjà les mains se lever : parle-t-on vraiment de culture là ? Ne serait-ce pas plutôt du divertissement ?

La querelle des Anciens et des Modernes n’est pas morte

Le mot culture souffre encore trop souvent d’une acception rébarbative, élitiste, incarné par ces portraits peints de Monet, de Vinci, Camus, La Fontaine, Mozart et Aristote ! Il est certain que si on réduit la culture à ces personnages poussiéreux de nos livres de cours, alors n’essayez pas de convaincre les générations Y et Z que la culture « leur parle encore ».

Les générations X, Y et Z (crédits : cfip.be)

La culture c’est bien plus que cela

Le problème est de chercher à distinguer le divertissement de l’art avec un grand A. Mais pourquoi je lis un roman sinon pour voyager un instant hors de ma réalité ? Qu’il s’agisse d’Edmond Dantès, d’Ulysse ou d’Harry Potter. Que vous soyez passionnés de Mercédès, de sirènes ou de baguettes le résultat est le même. Quand vous écoutez la marche turque de Lully ou Fenêtre sur rue d’Hugo TSR vous êtes projetés dans d’autres quartiers. Et alors ? Qui vaut plus que l’autre ? Est-ce qu’avant toute chose vous ne répondez pas à un plaisir de vos sens : l’envie de découvrir, de partager ce dont tout le monde parle depuis 2 jours ou 200 ans.

© StockSnap / Pixabay

La culture c’est ce qui fait ce que nous sommes

Peindre, écrire, slamer, danser, caricaturer, est une façon de l’exprimer. Et dire que Monet était trop avant-gardiste pour son époque et qu’il ne pouvait même pas exposer ses œuvres au Salon de peinture et de sculpture (dit Le Salon, le lieu où pouvaient exposer tous les artistes agréés par l’académie des Beaux-Arts du XVIIe au XIXe siècle), regardez-le aujourd’hui remisé au rang des classiques trop connus !

Impression soleil levant, Claude Monet 1872. Ce tableau premier du genre donnera son nom au courant impressionniste.

Chaque nouvelle génération boude l’art de ses parents

C’est dans l’ordre des choses. Dans un XXIe siècle où les geeks prennent le pouvoir et les écrans envahissent le paysage, il est temps que les industries culturelles prennent la tangente. Et nombreuses l’ont déjà compris. La gamification pénètre les musées, les escape game et les casques de réalité virtuelle attirent et piègent les visiteurs curieux. Preuve en est avec l’expérience INSIDE Opéra à l’opéra Garnier ou le jeu immersif Assassin’s Creed aux Invalides. À coups d’énigmes, de mises en scène et de QR codes bien cachés, les participants découvrent pour la première fois des lieux du patrimoine culturel. Lieux dont ils n’auraient jamais passé la porte s’il n’y avait eu cette promesse d’aventure.

Inside Opéra, escape game à l’Opéra Garnier – Crédits : © OnP / DR

Les “jeunes” ont simplement une nouvelle façon de “consommer” la culture : le divertissement culturel

Les applications comme Cultur’easy ( à télécharger en version Androïd ou IOS) en est un bon exemple, les jeux vidéo en sont un autre. Connaissez-vous Historiagames ? Sa mission est de « vous aider à trouver les jeux vidéo selon votre période historique préférée », de référencer et tester tous les jeux vidéo historiques et de rassembler une communauté autour du thème de l’Histoire. Ce site propose donc une approche ludique et très documentée. Ce qui a l’avantage de mettre en valeur la fine conception des jeux vidéo historiques. Une véritable mine d’or !

Home Facebook d’Historiagames

Toujours pas convaincus ?

Et pourtant certains diront que la culture du XXIe siècle n’a rien à envier à ses ancêtres en termes de qualité et de divertissement, laissez-nous vous jouer un dernier air d’Hans Zimmer, le célèbre compositeur de musique de films pour définitivement vous en convaincre. Les concerts d’orchestre reprenant ses chefs-d’œuvre font salle comble : Gladiator, Inception, Le Dernier Samouraï, Pirate des caraïbes, Insterstellar, Le Roi Lion. D’une certaine façon les musiques de film et de jeux vidéo qui s’écoutent indépendamment de leurs images sont le renouveau de la musique classique. En témoignent les performances des jeunes sœurs Julie et Camille Berthollet qui endiablent les scènes mondiales avec leurs violons vibrant aussi bien aux rythmes de la bande originale de Game of Thrones que des Quatre saisons de Vivaldi.

La production d’œuvres culturelles continue de nous divertir

Oui oui, divertir ! Et non ce n’est pas un gros mot ou ne devrait pas l’être dans l’écosystème culturel. Tout comme Molière faisait rire au XVIIe siècle et tout comme on achetait un Picasso pour décorer son salon, non, ce n’est pas pour en faire une dissertation.

Nous conclurons en parodiant la célèbre tirade d’Otis, issue d’Astérix mission Cléopâtre, un chef-d’œuvre cinématographique: « Je ne crois pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises hérésies, je pense que si je devais résumer la culture aujourd’hui, je dirais que c’est avant tout des rencontres, des œuvres qui m’ont diverti à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi et c’est assez curieux de se dire que les couleurs, les paroles, les notes, forgent des destinées ».

Monologue d’Otis (Edouard Baer) dans Astérix : Mission Cléopâtre

Par Marie Duris,

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Sources

Existe-t-il une culture du divertissement ? par Guillaume le Blanc

La Querelle des Anciens et des Modernes, Marc Fumaroli

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