Déjà sous la Préhistoire

La Dame de Brassempouy, Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, photo Jean-Gilles Berezzi

Il s’agit de la très vénérable « Dame de Brassempouy », une sculpture en ivoire de petite taille – à peine 4 centimètres – réalisée au Paléolithique supérieur, vers 21000 av. J.-C. Cette « Dame » ne nous a toujours pas révélé tous ses secrets mais il est probable qu’elle avait des fonctions religieuses et symboliques. Certains parlent du premier portrait de la préhistoire ; il semble tout de même que la représentation de cette femme soit idéale.

La sculpture sous l’Antiquité

Augustus von Prima Porta (20-17 v. Chr.), aus der Villa Livia in Prima Porta, 1863

Le culte impérial romain conduit à la production de sculptures en hommage à l’empereur. La représentation suit souvent un archétype créé afin de consolider l’image que l’on souhaite véhiculer de l’empereur selon la période. Ainsi pour Auguste c’est le classicisme qui prime ; à savoir une exécution idéaliste, marquée par la simplicité et le caractère de majesté.

Au Moyen Âge

Les sculptures polychromes sont fascinantes et révélatrices d’un siècle haut en couleur bien loin du cliché souvent véhiculé de dix siècles d’obscurantisme. Le musée de Cluny participe fortement à cet autre regard à travers sa programmation. J’ai notamment en mémoire cette exposition sur la sculpture Souabe en 2015. Cette ancienne région du Sud de l’Allemagne a connu une production de sculptures sur bois, à la fin du Moyen Âge, essentiellement religieuses, d’une grande virtuosité.

Atelier de Weckmann, sculpture grandeur nature, vers 1514

Et la surprise – la révolution même – est plus grande encore lorsque dans le dernier quart du XXe siècle, les monuments nationaux découvrent, lors de campagne de ravalement, que les sculptures intérieures mais aussi extérieures étaient en couleurs ! Si vous ne l’avez pas fait je vous conseille vivement de vous rendre à Amiens où est proposé un spectacle son et lumière sur la façade de la cathédrale comme au XIIIe siècle.

La sculpture de la Renaissance

Encore une fois dans l’histoire de l’art nos amis Italiens se montreront très forts et on peut considérer que le berceau de la sculpture européenne est italien. À Florence en 1401 s’ouvre un concours pour la seconde porte du Baptistère dont le thème est le sacrifice d’Isaac. Deux concurrents s’affrontent : Ghiberti et Brunelleschi, tous deux
sculpteurs et architectes. C’est le projet de Lorenzo Ghiberti qui sera retenu. L’artiste réalisera en un seul moule son bas-relief en bronze, véritable tour de force technique.

Ghiberti, copie de la Porte du baptistère de Florence dite Porte du Paradis, Photo Archives Alinari

La place de la sculpture durant la Renaissance

On parle volontiers des artistes de la Renaissance comme des créateurs multiples, ceci d‘autant plus que les importantes commandes artistiques du XVIe siècle associent architecture, peinture et sculpture. Pour autant, la question opposa les plus grands artistes de l’époque ; on parle de « paragone » qui signifie comparer. Léonard de Vinci lui-même participe à cette classification entre les médiums artistiques dans son « Traité de peinture » dans lequel il privilégie, sans surprise, la peinture. Cela ne sera pas du goût de Michel-Ange, auteur de la remarquable Pietà, conservée à la basilique Saint-Pierre de Rome. Le génie sculptural de Michel-Ange, les nouvelles formes expressives et la liberté de la matière qu’il offre auront une influence notamment sur le travail de Rodin.

La Pietà de Michel-Ange

Au temps de Louis XIV

Les jardins de Versailles constituent l’un des plus beaux musées en plein air avec plus de 200 sculptures ! Entre 1660 et 1680, les jardins, sous la direction de Le Brun, vont accueillir les premières sculptures à la gloire d’Apollon, c’est à dire du Roi. A partir de 1680, une nouvelle campagne est marquée particulièrement par deux chefs d’œuvre de Pierre Puget, le Milon de Crotone et Persée et Andromède. Leur reproductions sont à découvrir lors d’une balade sur l’Allée Royale, les originaux étant aujourd’hui dans la cour Puget au musée du Louvre.

Pierre Puget, Milon de Crotone, entre 1671 et 1782

Pigalle sous les Lumières

Chers lecteurs, le fameux quartier lié aux petites mœurs doit son nom au sculpteur Jean-Baptiste Pigalle. Ce dernier connu un succès incontestable au milieu du XVIIIe siècle et Madame de Pompadour soutient ses commandes auprès de la noblesse française. Une de ses sculptures fera scandale, celle de Voltaire nu réalisée du vivant de l’écrivain.

A MONSIEUR DE VOLTAIRE PAR LES GENS DE LETTRES/ SES COMPATRIOTES, ET SES CONTEMPORAINS. 1776 / Sculpture de Voltaire nu par Jean-Baptiste Pigalle

Vers le XXe siècle avec les expérimentations de Rodin

On le qualifie de « père de la sculpture moderne ». Ses œuvres clés se retrouvent dans la pièce maitresse, La Porte de l’Enfer, jamais achevée du vivant de Rodin. Il s’agit à l’origine d’une commande de l’État Français pour le futur musée de Arts Décoratifs. Le peintre y travailla de nombreuses années et créa plus de 200 figures qu’il utilisera durant toute sa carrière dont Le Penseur, au-dessus de la porte. Il faudra attendre 1917 pour que cette œuvre soit reconstituée dans son ensemble sous la forme d’une fonte.

Auguste Rodin, version du Kunsthaus de Zurich

La sculpture au XXe siècle

Le XXe siècle commence avec le superbe travail de Brancusi. J’invite nos lecteurs curieux à se rendre à son atelier reproduit selon ses souhaits à l’identique juste à côté du Centre Pompidou. Dans les années 20-30, les Surréalistes, dans la lignée de Duchamp, sélectionnent des objets évocateurs et les transforment. Dans les années 60, avec l’apparition de mouvements tels que le minimalisme, l’Art conceptuel ou l’Arte Povera, la sculpture prend d’autres formes. Ou plutôt les frontières s’effacent. L’artiste Donald Judd explique dans un célèbre article de 1965 « Specifics objects » son refus des dénominations peintures et sculptures et a recours au terme « installation ».

Donald Judd, Tate Liverpool

Les recherches des avant-gardes vont contribuer à écarter le rôle de la sculpture pure au profit des dispositifs et installations. Ainsi les travaux de Guiseppe Penone ou Jannis Kounellis s’inscrivent dans l’esprit de l’Arte Povera avec l’utilisation de matériaux naturels s’opposant au médiatique pop art.

Le grand retour de la sculpture

Jeff Koons, Rabbit, 1986, numérotée 2/3

Il a lieu dans les années 2000, notamment avec l’artiste entrepreneur et ancien trader Jeff Koons. Son travail est à la croisé du Pop Art et de Marcel Duchamp et est célèbre notamment pour les relations entre art et argent qu’il induit. Nous connaissons tous le lapin gonflable de notre enfance que Koons reproduit en acier inox. Cette même
sculpture vient récemment de battre un record pour un artiste vivant lors d’une vente aux enchères chez Christie’s : elle a été adjugée 91 millions de dollars. A vous de juger…

Par Nicolas Samson-Agnez,

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