Prenant ses sources dans la déclaration de l’indépendance américaine de 1776 et dans la réflexion philosophique du XVIIIème siècle, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) de 1789 marque la fin de l’Ancien Régime et le début d’une toute nouvelle ère.

En quoi ce texte symbolise-t-il la rupture totale provoquée par la Révolution française ? Et pourquoi cette Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, inachevée, est devenue l’un des textes références en France et dans le monde depuis plus de deux siècles ? Replongez avec nous dans les dernières heures de la monarchie absolue pour (re)découvrir l’histoire de cette Déclaration !

La genèse de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Le 5 mai 1789, Louis XVI, en proie à des contestations, ouvre les Etats généraux pour que les trois ordres, le tiers état, le clergé et la noblesse, débattent sur la question financière et trouvent une solution fiscale au déficit de l’Etat. Un mois plus tard, le 17 juin 1789, les députés décident de se constituer en Assemblée nationale et s’affirment face au roi comme représentants de la Nation ! Coup de tonnerre ! Ils décident alors de ne pas se séparer « jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie » : c’est le célèbre Serment du Jeu de Paume ! Quelques jours après, le roi finit par céder et l’Assemblée se proclame constituante. Cela marque la fin de la monarchie absolue…

Serment du jeu de Paume

Après la prise de la Bastille et la formation de contestations antiseigneuriales un peu partout en France, l’Assemblée décide de mettre fin aux privilèges en supprimant les droits féodaux le 4 août. C’est alors dans ce contexte que le député Mounier appelle à la rédaction d’une déclaration en préambule à la future constitution qui énoncerait les « droits naturels » de l’homme et du citoyen. Pendant six jours, chaque article de cette déclaration est débattu et adopté par l’Assemblée. Quand soudainement, le 26 août, les députés suspendent l’examen des articles pour se consacrer enfin à la rédaction de la Constitution. La DDHC ne contient alors que 17 articles et restera inachevée !

Enoncer les droits de l’homme et du citoyen

En préambule de la Déclaration, les députés rappellent les « principes simples et incontestables » que sont les droits de l’homme et du citoyen. Ces droits sont naturels, inaliénables et sacrés. La Déclaration ne proclame pas des principes nouveaux, elle souhaite surtout les protéger de « l’ignorance, l’oubli ou le mépris ». En rupture totale avec l’Ancien Régime, les 17 articles de la Déclaration posent les fondements d’une société formée d’individus libres et égaux soumis à la loi qui s’impose à tous dans son universalité. Le principe d’égalité exclut donc définitivement l’existence des privilèges, abolis quelques jours plus tôt par l’Assemblée. Et le principe de liberté s’oppose à toute forme de servitude.

Esquisse de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Les 17 articles bouleversent l’ordre établi par l’Ancien Régime : il y a la liberté d’aller et venir et la liberté individuelle pour protéger les personnes de toute arrestation et détention arbitraire, la liberté de pensée, de conscience et de religion qui met en avant le principe de tolérance jusqu’ici jamais brandi ! Et puis aussi la liberté d’expression comme réponse à la censure qui s’appliquait sous la monarchie… Les députés mettent aussi l’accent sur la résistance à l’oppression, énoncée comme droit si l’action du gouvernement va à l’encontre des droits naturels.  L’autorité est transférée de la personne royale à la Nation, confirmant ainsi les changements opérés depuis le mois de juin 1789. Cette menace de l’arbitraire reste très présente et elle se traduit également par la volonté de séparer les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire (article 16). Ainsi la DDHC énonce des droits civils et politiques en remettant l’ « homme » au centre de tout, une philosophie venue tout droit des Lumières !

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, objet de critique

Ce texte, en rupture avec l’Ancien Régime, est devenu dès sa création un texte de référence mais il a essuyé aussi beaucoup de critiques ! Même s’il est fait mention de l’ « Être Suprême », le pape condamne le texte, signe selon lui, de l’orgueil humain et de la défiance face à la divinité.

En 1791, c’est Olympes de Gouges qui écrit la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » critiquant ainsi l’application de la Déclaration aux seuls hommes.

Au XIXe siècle, le texte est également remis en cause par Karl Marx qui estime que les droits civils et politiques ne prévoient pas de moyens effectifs pour l’amélioration de la condition ouvrière. Il dénonce la Déclaration comme étant seulement une représentation des intérêts de la classe bourgeoise (avec notamment le droit de propriété de l’article 17).

Une déclaration fondatrice du modèle républicain français

Cependant malgré ces critiques et l’élaboration de nouvelles Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1793 et en 1795 (la première ne fut jamais appliquée, la seconde fut jugée moins digne de postérité que celle de 1789), la DDHC de 1789 fut gardée tout au long des divers régimes politiques qui se sont succédé après la Révolution française. Il était essentiel de « respecter les principes de 1789 ».  Cette déclaration a semé des graines dans les autres pays européens, également propagée par la suite par les conquêtes napoléoniennes. La Déclaration est devenue un texte qui va « nourrir les futurs citoyens », notamment à partir de la Troisième République.

Dans l’école publique de Jules Ferry, on l’affiche, on l’apprend par cœur à tous les écoliers. Et ce, même si le texte n’a aucun effet juridique sur les droits et les libertés publiques. Ce ne sera qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 sera inscrite dans le préambule même de la Constitution de 1946 puis de 1958. L’influence de ce texte est également mondiale comme en témoigne en 1948 la création de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Cette dernière s’inscrit dans la droite lignée de la DDHC, avec notamment le caractère universaliste, que les députés révolutionnaires avaient voulu d’emblée donner à la Déclaration.

Témoin d’une période « positive » de la Révolution française (contrairement aux années de Terreur qui ont suivi), la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 est donc devenue un texte fondamental pour la France, proclamant ainsi des droits et des libertés en rupture totale avec l’Ancien Régime. Marquant le début d’une nouvelle ère, le texte est un des fondements du modèle républicain français et influencera de nombreux autres pays. Le texte a même été classé par l’UNESCO en 2003 sur le registre « Mémoire du monde », recensant les collections du patrimoine documentaire d’intérêt universel ! Si vous ne l’avez encore jamais lue, vous la trouverez sûrement dans un manuel scolaire. Pour vous faciliter la tâche, on vous la met ci-dessous !

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 affichée dans les écoles

Par Ségolène Lhommée,

Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à commenter, partager, et soutenir le blog sur Tipeee !

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir tous nos articles dès leur diffusion !

(1 commentaire)

  1. Et dire qu’encore actuellement ces Droits de l’Homme et de la Femme sont bafoués dans tant de pays…..

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.