Connaissez-vous l’histoire de la Comédie-Française, connue comme la « Maison de Molière » ?

Ce surnom a été donné à une institution culturelle qui a été fondée plusieurs années après la mort du comédien et dramaturge… Il s’agit de la Comédie-Française qui a plus de 300 ans aujourd’hui. D’une rare longévité, l’institution française a cependant failli bien disparaître… Pendant plusieurs siècles, la Comédie-Française a révélé de nombreux talents. Parmi les grands noms sont souvent retenus François Joseph Talma, La Grange, Sarah Bernhardt ou encore les visages de ces dernières années Philippe Torreton, Francis Huster ou encore Pierre Niney… Ça vous dit d’en connaître plus sur cette institution ? On vous emmène à la découverte de son histoire, liée intimement à celle de l’histoire nationale.

La Comédie-Française, une création royale

Dans les années 1670, à Paris, trois troupes de théâtre coexistent et rivalisent. Celle du Palais Royal, dirigée par Molière est sous protection et sous tutelle de Louis XIV. En 1673, Molière meurt (pratiquement) sur scène après une représentation du Malade imaginaire… Affaiblie, la troupe se divise. Louis XIV décide alors d’intervenir en fermant le théâtre du Marais et en enjoignant la troupe rivale de rejoindre la Troupe du Roi. Puis c’est en 1680, sept ans après la mort de Molière, que le roi décide par lettre de cachet de fusionner sa troupe avec la dernière troupe restante, celle du théâtre de Bourgogne. Le roi crée ainsi un théâtre unique en unissant les troupes comiques et les troupes tragiques.

Ils interprètent le répertoire de Molière mais aussi des pièces de Corneille ou de Racine. C’est ainsi que naît l’alternance du répertoire, « une exception française » selon Hélène Tierchant, spécialiste de l’histoire de la Comédie-Française. Lors de leur première représentation, six coups sont frappés au lieu de trois : c’est la naissance de la Comédie-Française !

Un théâtre sous tutelle

La troupe du roi adopte l’emblème de la ruche bourdonnante et la devise « Simul et singulis » ( « être ensemble et être soi-même ») scellant ainsi la fusion des deux troupes. Grâce à la protection de tutelle de Louis XIV, les comédiens obtiennent une pension de 12 000 livres et deviennent prioritaires pour les représentations en langue française et à Paris. Ce privilège royal sera souvent remis en cause par des troupes rivales comme le théâtre de la Foire et surtout par les Comédiens-Italiens. C’est d’ailleurs par opposition à ceux-ci que le nom de « Comédie-Française » est adopté. Mais qui dit privilège et protection dit aussi dépendance : toutes les pièces sont soumises à l’accord des gentilshommes de la Chambre du Roi et la sélection des comédiens ne peut se faire sans l’aval du roi lui-même !

Emblème de la ruche bourdonnante et la devise « Simul et singulis »

La Comédie-Française à l’épreuve au XVIIIe siècle

A la mort de Louis XIV, l’avènement du Régent, Philippe d’Orléans, signe le renforcement des Comédiens-Italiens qui jouent les pièces de Marivaux. Face à cette rivalité, la Comédie-Française lance un nouveau genre dramatique « la comédie larmoyante ». En 1784, elle triomphe avec la représentation du Mariage de Figaro de Beaumarchais. Cette comédie est annonciatrice de l’esprit révolutionnaire et avait jusqu’alors été censurée pour sa satire de l’aristocratie française… Lorsque la Révolution française éclate, la Comédie-Française devient Théâtre de la Nation. Les comédiens obtiennent des droits civils mais leur situation privilégiée est terminée : la pension royale est supprimée ainsi que leur monopole sur le répertoire français !

Les comédiens dits « monarchistes » sont mis en cause par leur choix de répertoire et sont emprisonnés par le Comité de Salut Public. Ils échappent à la guillotine grâce à l’intervention de Charles Labussière, un comédien travaillant pour le gouvernement révolutionnaire. A la mort de Robespierre, les comédiens sont libérés mais n’ayant plus de moyens financiers ni de salle de théâtre, se dispersent dans plusieurs troupes.

Le XIXe siècle, la renaissance de la Comédie-Française

En 1799, le gouvernement octroie à la troupe le Théâtre-Français de la République. Napoléon protège par la suite la Comédie-Française. C’est en 1812 que l’empereur établit le décret de Moscou qui régit le fonctionnement de la Comédie-Française : 87 articles autour de l’administration théâtrale, du financement de la troupe ou encore de l’admission de nouvelles pièces. La tutelle d’abord royale, ensuite gouvernementale, devient maintenant celle de l’empire… En 1830, le répertoire accueille des nouvelles pièces des auteurs romantiques, tels que Alexandre Dumas, Alfred de Vigny ou encore Victor Hugo.

Le drame romantique connait le succès avec notamment Hernani ! Puis vient le tour du triomphe de la « comédie bourgeoise » avec des personnages comme Sarah Bernhardt. Le « Tout-Paris » accourt au théâtre… Avec les deux guerres mondiales au XXe siècle le théâtre devient « patriotique » et s’ouvre aussi a contrario à des auteurs étrangers.

Sarah Bernhardt

Aujourd’hui, trois siècles ont passé et la Comédie-Française est désormais placée sous l’autorité du ministère de la Culture depuis 1995. Le statut de l’institution a évolué. Les membres se succèdent et donnent plus de 900 représentations par an pour un répertoire de plus de 3000 pièces. La Comédie-Française peut se targuer d’être l’un des seuls théâtres au monde à avoir un patrimoine d’une telle richesse, s’étendant sur trois siècles ! Les comédiens d’aujourd’hui répètent sous le regard de leurs illustres ancêtres.

Par Ségolène Lhommée,

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