Philosophe incontournable du siècle des Lumières à la plume engagée,  l’oeuvre de Voltaire est indéniablement empreinte d’une soif de liberté. De la dramaturgie au pamphlet, en passant par des récits philosophiques, le talent littéraire de Voltaire a su s’affranchir d’un genre défini, laissant sa plume vaguer au gré son esprit. A la découverte de cet esprit libre, fervent humaniste.

La naissance de Voltaire

François Marie Arouet, dit Voltaire

Voltaire voit le jour le 21 novembre 1694 à Paris sous le nom de François-Marie Arouet. Issu de la bourgeoisie parisienne, il est le benjamin d’une fratrie de cinq enfants. Son père, François Arouet est notaire, tandis que sa mère, Marie-Marguerite Daumart est la fille d’un greffier. Alors qu’il n’a que sept ans, sa mère décède brutalement. Quelques années plus tard, âgé d’une dizaine d’années, le futur philosophe est envoyé chez les jésuites, au collège Louis-Le-Grand, où on lui enseigne la rhétorique mais aussi la philosophie. Brillant élève, il se fait rapidement remarquer par son aisance à versifier et sa passion pour la littérature. A l’âge de 17 ans, alors qu’il vient de quitter le collège, il fait part à son père de son envie de devenir un homme de lettres. Une ambition fortement désapprouvée par son père, persuadé qu’il ne pourra subvenir à ses besoins avec ses écrits. Sous la pression paternelle, le jeune François-Marie Arouet s’inscrit à la faculté de droit de Paris mais ne se détourne pas pour autant de l’écriture. Il devient rapidement coutumier des salons littéraires de la haute société parisienne et fréquente régulièrement la société du Temple, connue pour ses membres épicuriens, libertins et adeptes du scepticisme. Il y apprend à plaisanter de façon décomplexée sur la religion et la monarchie ; une attitude critique qui dépeint sur ses écrits qui deviennent de plus en plus piquants. En 1717, il adopte le nom de Voltaire, qui est en fait l’anagramme de sa véritable identité : AROUET LJ (le Jeune), le U pouvant être remplacé à cette époque par le V et le J par le I.

Une plume effrontée qui séduit mais agace

Fortement apprécié par la haute société qui raffole de sa présence, les provocations de Voltaire déplaisent néanmoins au Régent qui décide de l’embastiller en mai 1717, l’accusant d’avoir rédigé des vers injurieux à son égard. Un emprisonnement long de onze mois durant lequel l’écrivain écrit sa première pièce, Oedipe. Jouée quelques mois après sa libération, cette dernière rencontre un vif succès. Le public séduit par ses vers et son ton va même jusqu’à voir en lui le nouveau Racine. Après une deuxième tragédie beaucoup moins appréciée, Voltaire renoue avec le succès en 1723 avec La Henriade, un poème épique de 4 300 alexandrins, inspiré de l’Iliade d’Homère ainsi que de l’Enéide de Virgile, dans lequel l’auteur fait l’éloge d’Henri IV. Cependant, si ses écrits lui valent l’admiration de bon nombre de ses contemporains, son succès attire également la jalousie de certains d’entre eux. En janvier 1726, après avoir subi les railleries du chevalier Guy Auguste de Rohan-Chabot à la Comédie-Française, Voltaire est battu dans la rue par les laquais du gentilhomme. Face aux refus de ses amis aristocrates de l’aider à obtenir réparation suite à cette humiliation, l’écrivain exprime sa volonté de se venger par les armes. Une ambition qui lui vaut d’être de nouveau embastillé. Il est libéré deux semaines plus tard mais il se retrouve contraint de s’exiler.

L’Angleterre : une terre de savoir et de liberté pour Voltaire

En 1726, l’écrivain s’installe à Londres, où il fait la connaissance de philosophes mais aussi de physiciens, de mathématiciens ou encore de naturalistes. Des rencontres qui l’initient à un savoir qu’il méconnaît, tels que les travaux de Newton, pour lesquels il se passionne ardemment. L’auteur s’essaie alors à d’autres genres littéraires telles que des écrits philosophiques ou encore historiques. Pendant son exil forcé sur les terres anglaises, Voltaire s’émerveille également de la grande liberté d’opinion existante en Angleterre. Une société idéale pour le philosophe qui souhaite réformer la société française. Dès son retour autorisé sur l’Hexagone, il publie ainsi des écrits dénonçant ironiquement les abus sociaux exercés par le Roi, l’Eglise et les juges. Une audace réprimandée régulièrement par le pouvoir politique, mais insatiable pour Voltaire qui n’hésite pas à publier des dizaines d’écrits de façon anonyme, pour contourner la censure. En 1734, il se retrouve contraint de quitter la capitale après avoir publié sans autorisation Lettres philosophiques, une satire des mœurs et des institutions françaises, qui fait scandale. Il trouve alors refuge en Lorraine chez sa maîtresse Emilie du Châtelet, de 12 ans sa cadette, avec qui il partage un fort intérêt pour les sciences. Elle l’aide ainsi à vulgariser en France les travaux de Newton sur la gravitation universelle. En 1745, il quitte Madame du Châtelet pour rejoindre Paris avec l’ambition de faire adhérer le roi à ses convictions pour réformer la société française. Il compte notamment sur l’appui du roi de Prusse, Frédéric II, qui lui apporte régulièrement son soutien par le biais de leur correspondance, mais aussi sur celui du nouveau ministre des Affaires étrangères, Argenson, un ancien camarade de Louis-le-Grand. Grâce à ses contacts, il devient historiographe du roi et parvient à se faire élire en 1746, après deux échecs, à l’Académie française ; une aubaine pour l’écrivain controversé qui voit dans son élection un moyen de se préserver de ses ennemis. En 1749, après le décès de Madame du Châtelet quelques jours après son accouchement, Voltaire sombre dans une profonde dépression, accentuée par le comportement hostile de Louis XV qui doute de sa sincérité ainsi que par l’échec de sa tragédie Oreste. Il décide alors d’accepter l’invitation de son ami Frédéric II et rejoint la cour de Prusse en juin 1750.

Voltaire recevant Frédéric II

De la Prusse à Ferney : une pérégrination fructueuse

A Berlin, Voltaire est reçu comme un souverain. Logé au château de Sans-Souci, l’écrivain profite de son séjour pour finir la rédaction de Le Siècle de Louis XIV ainsi que pour écrire Micromégas. Mais ce climat prospère pour Voltaire ne dure pas. Un pamphlet rédigé par l’écrivain contre Maupertuis, le président de l’Académie de Berlin, met le feu au poudre. Ainsi, deux ans et demi après son arrivée, face au mécontentement de son mécène, le roi de Prusse, Voltaire décide de quitter la Prusse pour aller s’installer avec sa maîtresse, Madame Denis, en Suisse à Genève, avant d’acquérir le château de Ferney, situé dans l’Ain.

Salon du château de Ferney, résidence de Voltaire, à partir de 1758

Enrichi de ses nombreux voyages, de ses multiples rencontres, mais aussi de ses innombrables péripéties, Voltaire, âgé d’une soixantaine d’années, trouve dans ce lieu le temps de se consacrer entièrement et pleinement à ses écrits : tragédies, essai, études historiques ou encore études juridiques. C’est d’ailleurs dans ce lieu qu’il va écrire une grande partie de ses œuvres. Il rédige notamment Candide ou l’Optimiste. Publié en 1759, ce conte philosophique, réédité vingt fois du vivant de l’auteur, constitue le plus gros succès de Voltaire et par la même occasion un des plus grands succès de la littérature française. Cette oeuvre s’inscrivant dans le siècle des Lumières, traite avec beaucoup d’ironie de la liberté, de la tolérance, la connaissance, le fatalisme ou encore le bonheur. Le philosophe consacre les dernières années de sa vie à combattre l’injustice, l’obscurantisme et la religion, n’hésitant pas à s’armer de sa plume la plus mordante pour décrédibiliser ses adversaires et notamment son ennemi juré, Jean-Jacques Rousseau. Aussi, il n’hésite pas à sensibiliser l’opinion publique et à intervenir dans des affaires judiciaires pour défendre ses idées, tel que dans l’affaire Calas, où un protestant est accusé injustement d’avoir assassiné son propre fils pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Fortement apprécié par le peuple, ce dernier lui réserve un accueil chaleureux lorsqu’il se rend à Paris pour aller assister à la Comédie Française à la sixième représentation de sa dernière pièce Irène.  Voltaire meurt le 30 mai 1778 à Paris, cependant le curé de Saint-Sulpice refuse de l’inhumer. Grâce à l’intervention de son neveu, sa dépouille est enterrée à l’abbaye de Scellières, vers Troyes, avant que ses cendres soient transférées au Panthéon le 11 juillet 1791, après une cérémonie sans la présence du clergé.

Château de Voltaire à Ferney

Fervent opposant à l’injustice, Voltaire passa son existence, à travers ses écrits satiriques et ironiques de s’opposer à l’injustice sociale et politique ainsi qu’à dénoncer la guerre et l’intolérance religieuse, insufflant les prémices de la Révolution française en 1789. Son château à Ferney est classé monument historique depuis 1958 et appartient à l’Etat depuis 1999. Il est possible de le visiter afin de découvrir le lieu où Voltaire composa la plupart de ses écrits.

Par Caroline Garnier,

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