Les contes, un style littéraire juste bon pour les enfants ?

Certes, on ne se laisse pas duper par ces récits aux personnages un peu stéréotypés et à l’intrigue parfois naïve, mais avouez que nos âmes d’enfants sont toujours séduites par la poésie ou l’humour qui s’en dégagent et que de nos lointains souvenirs refluent la peur de Barbe Bleue et la magie de Cendrillon. Et ce n’est pas un hasard !

Il était une fois…

L’origine des contes, issus du folklore, remonte certainement à l’invention de la parole. Chaque continent, chaque pays, chaque groupe social a les siens. L’étude historique comme la recherche psychanalytique plus récente le prouvent : les contes sont bien plus que de jolies histoires, ils portent en eux des idéaux, révèlent des craintes communes et sont destinés à l’instruction et à la moralisation de ceux qui les écoutent.

La tradition orale comme les ouvrages écrits se sont largement répandus à travers le globe et tout au long des siècles. Le premier auteur connu dans ce domaine est Esope, écrivain grec du VIe siècle avant notre ère, auquel on attribue communément le titre de « père de la fable ». Il fut une grande source d’inspiration, jusqu’à Jean de La Fontaine, qui reprit plusieurs de ses récits et les transfigura par son écriture unique dans ses recueils publiés entre 1668 et 1694.

Jean de La Fontaine

La Fontaine fut aussi largement inspiré par le recueil arabe Kalîla wa Dimna, lui-même une traduction des contes du Panchatantra, compilation de textes du sous-continent indien datant possiblement du IIIe siècle avant notre ère. Il n’est donc pas étonnant que les thématiques ou les personnages se ressemblent parfois, même d’un continent à l’autre.

Mais à quoi servent les contes ?

Ils tiennent parfois lieu de cosmogonie et, dans ce domaine, les Égyptiens de l’Antiquité ont fait preuve d’un formidable savoir-faire qui fascine encore aujourd’hui. Chaque phénomène, du cycle du soleil à la mort, en passant par l’origine du monde, a fait l’objet chez eux d’une interprétation légendaire.

L’histoire d’Osiris, premier pharaon caractérisé par sa bonté et sa sagesse, traduit des sentiments parfaitement humains : jalousé et trahi par son frère Seth, il est tué mais revient à la vie grâce à l’amour de sa femme Isis ; leur fils Horus le vengera.

Cette thématique de la lutte contre les forces du mal est récurrente dans les contes du monde entier. Les trolls des contes populaires d’Islande, les yôkai japonais, les djinns parfois malfaisants de la tradition arabo-musulmane sont autant de représentations fantastiques de ce mal qu’il faut combattre.

Horus combattant Seth

Car les contes tiennent bien souvent lieu de récits initiatiques, où le héros, qu’il soit un personnage historique – comme Soundiata Keita, fondateur de l’empire du Mali au XIIIe siècle – ou non, qu’il soit prestigieux ou simple
individu sans prétention – comme Kirikou, petit garçon souhaitant libérer son peuple de la méchante sorcière Karaba – franchit des obstacles, persévère et grandit pour atteindre son objectif.

A ce titre, les contes informent les plus jeunes sur la dure réalité qui les attend, leur enseignent les efforts nécessaires pour atteindre la maturité et les rassurent sur leur capacité à faire face à l’adversité. Le recours à des personnages stéréotypés – le chevalier servant, la sorcière, la princesse éplorée, l’enfant rusé, etc. – ou à des animaux et l’absence régulière de cadre temporel ou spatial précis permettent de faire des contes une leçon intemporelle et universelle.

Illustration du Lion devenu vieux de Jean de La Fontaine par Jean-Jacques Grandville, XIXe siècle.

Cependant, les enfants ne sont pas les seuls destinataires des contes. Le récit des chevaliers de la Table Ronde, par exemple, qui fait sa première apparition dans Le Roman de Brut de Robert Wace vers 1150, fut écrit pour le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt.

De même, les contes du Panchatantra furent compilés à la demande d’un râja comme guide de gouvernement à destination des princes. En effet, ces récits permettent tour à tour d’inculquer un idéal porté par des figures héroïques et de transmettre des valeurs, parfois à l’aide d’animaux aux comportements humains. Un recours fréquent qui permet de faire passer un message de façon détournée.

Illustration des Eléphants piétinant les lièvres, contes du Panchatantra, XVIIIe siècle Manuscrit conservé au Philadelphia Museum of Arts

Les contes comme modèles de vie

Rapidement les contes deviennent des sources d’inspiration à transposer dans la réalité.

Cette mission intrinsèque explique sans difficulté la présence récurrente de maximes (ou morales) en exergue ou en conclusion des contes. C’est en particulier le cas des contes de Charles Perrault.

Charles Perrault par Philippe Lallemand, d’après Charles Le Brun, 1672
Portrait conservé au Château de Versailles

Les Histoires ou Contes du temps passé (1697), qui regroupent entre autres Le Petit Chaperon Rouge, Cendrillon ou Le Petit Poucet, sont en réalité une réécriture de récits existants, avec la particularité d’ajouter une moralité à la fin de chaque conte, destinée « à l’enseignement des jeunes enfants ».

Au XIXe siècle, porté par la vague romantique, un mouvement de collecte des contes populaires se développe en Europe. Les Frères Grimm sont les plus connus de ces collecteurs – et non écrivains – et ont permis de conserver et de faire connaître plus de deux-cents contes allemands populaires, compilés dans leurs Contes de l’enfance et du foyer, publiés entre 1812 et 1815.

On y trouve une autre version de Cendrillon ou du Petit Chaperon Rouge, mais aussi les histoires de Tom Pouce et de la Princesse au petit pois. En 1852, c’est au tour des contes populaires islandais d’être rassemblés pour la première fois, grâce à Jón Árnason.

A sa manière, Walt Disney a entrepris une démarche similaire de compilation et de réécriture des contes, depuis son premier long métrage, Blanche Neige et les Sept nains (1938) à la Reine des Neiges (2013) – inspiré du conte d’Andersen, en passant par Aladdin (1992), issu des incontournables contes des Mille et une nuits.

Illustration de l’histoire d’Aboukir et Abousir dans les Mille et une nuits, par Léon Carré, 1929

Mais bien entendu, de nouveaux contes continuent d’être inventés jusqu’à nos jours, faisant parfois écho à des sujets de société. C’est le cas de la Petite Fille aux Allumettes du Danois Andersen, qui décrit avec tristesse la pauvreté et l’isolement dans les villes de l’ère industrielle.

Et revenant à leur rôle premier d’amuser les enfants, les auteurs modernes ont su reprendre le modèle du conte en brouillant les pistes et en s’amusant avec les mots. S’il ne faut en citer que deux, n’oublions ni Les Contes de la rue Broca de Pierre Gripari (1980), ni les Contes de la Saint Glinglin de Robert Escarpit (1993) !

Il est donc temps de reprendre vos classiques. Amusez-vous à explorer le monde, à comparer les contes et à décrypter les messages sous-jacents, ou profitez simplement de la lecture de ces chef d’oeuvres parfois sous-estimés.

Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants !

L’info pratique

Vous souhaitez découvrir des contes du monde entier ou vous êtes en panne pour la lecture du soir à vos enfants ?

Plusieurs sites Internet compilent des dizaines de récits venus des quatre coins du monde ! En voici deux qui vous permettront de choisir la destination de votre prochaine escapade littéraire : ici et .

L’info insolite

D’où viennent les pingouins ?

La tradition populaire de Terre de Feu raconte que ce sont les fils de Craily, fille de pêcheurs connue pour sa beauté, et d’Aquehuahuen, le phoque qui la séduit avec ses mots d’amour et la douceur de son regard.

Par Laure Armand d’Hérouville,

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