Ce soir c’est une première. Je vais voir une pièce de théâtre… sans dialogue. Si si je vous jure que ça existe. Enfin sans dialogue pas tout à fait, plutôt une pièce déclamée en grommelot : « le banquet » écrit et mis en scène par Mathilda May. En effet, tout au long du spectacle, les comédiens jouent des situations clownesques sans prononcer une seule phrase mais plutôt un charabia qui sont les seuls à comprendre.

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Le synopsis :
Nous sommes à un banquet de mariage. La cérémonie vient de s’achever et les premiers invités arrivent pendant que le personnel de service met la touche finale à la décoration de table. De là, démarrent des situations absurdes, pas si éloignées de la réalité et qui caricaturent les banquets de mariage : le mauvais goût vestimentaire, la bouffe dégueu, les coups de foudre et tentatives de drague improbable entre les invités, les chamailleries de gamins, les films de famille hit-parade des moments gênants pour les mariés, les discours à la con, les animations préparées et celles qui le sont beaucoup moins…
Dans ce spectacle, le public assiste également à un défilé de personnages surréalistes : le « cousin trucmuche » obligé de faire un discours, le témoin beau-gosse sponsorisé par Rayban, le photographe zélé en mode sapin de Noël Kodac, le beau-père aux mains un rien baladeuses, les invités qui tiennent plus ou (surtout) moins bien l’alcool, le DJ en mode Johnny, la jeune mère de famille qui n’arrive pas à lâcher son môme, une tante un peu marginale qui veut toujours rendre service… En gros, cette pièce dépeint avec une grande originalité la caricature surréaliste des banquets de mariages, avec pour toile de fond la critique de la société consumérisme, où le comique de situation est placé au centre de l’action scénique.

 

Côté jeu, dans ce spectacle la troupe joue sans filet car sans texte. Ainsi, les comédiens sont à 200% dans l’intention, le placement de voix et le jeu de masque. Le public assiste à un mélange équilibré de burlesque, de clown et de mime. Ainsi, quand le « cousin trucmuche » tente timidement de se mettre en avant jusqu’au dérapage, on croit entrapercevoir derrière lui l’ombre chinoise bienveillante de Charlie Chaplin. En plus de la gestuelle, la pièce mise sur les effets visuels mais pas forcément là où on les attend : projections, jeu de lumières. Le son est également de la partie surtout quand Dame nature s’en mêle.

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Le moins que l’on puisse écrire c’est que côté décor, on s’y croit vraiment. Le public a l’impression d’assister à un vrai banquet de mariage. Soutenu par un poteau métallique central, une immense toile de barnum a été déployée au-dessus de la scène, des tables joliment décorées de petites lanternes blanches ont été disposées un peu partout et en fond de plateau légèrement surélevée, détail qui a son importance, trône une grande table de buffet sur laquelle sont disposées des fleurs et des bouteilles de champagne, signe avant-coureur d’une beuverie générale. Pour ce qui est des costumes, contrairement à la joie que peut inspirer un mariage, les invités respectent un code couleur assez froid fait de gris, de blanc et de noir, allégorie cachée d’une ombre qui plane sur la fête.

Structurellement, ce spectacle est une vision d’ensemble fait de petites saynètes toutes liées entre elles. Le public pourrait craindre que sans repère textuel, cette pièce soit un vaste bazar très confus fait de multiples situations qui se mélangent. Il n’en est rien car lorsqu’une action scénique prend le pas, les autres se temporisent jusqu’à ce qu’une nouvelle situation prenne le relais. Le spectateur ne perd donc jamais le fil de l’histoire.

 

Le spectacle « le banquet » est une pièce de prime abord déstabilisante car en dehors des normes et des codes théâtraux. Mais une fois le cap passé, forcé de constater que cette pièce hilarante est très structurée car elle met le paquet sur tout le reste : la mise en scène, les intentions de jeu, le son et lumières, les projections, le décor, les costumes… Dans ce spectacle pas si éloigné que ça de la réalité, on est dans le délire le plus total et le dérapage incontrôlé. Sans le précieux texte, le public pourrait craindre de ne pas pouvoir suivre l’histoire. Mais la structure de la pièce et l’énergie déployée par tous ces comédiens font qu’il est aisé de ne pas perdre le fil et de se taper une bonne tranche de rigolade. Vous pouvez même y amener vos copains étrangers de passage à Paris et qui ne maîtrisent pas le français. Car l’une des leçons a retenir est que le grommelot est décidément une langue qui n’a pas de frontière.

Et maintenant, à vous de jouer !
Par Maria-Nella,
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Ecrit et mis en scène par : Mathilda May
Avec : Sébastien Almar, Anna Mihalcea, Bernie Collins, Jérémie Covillault, Lee Delong, Stéphanie Djoudi-Guiraudon, Arnaud Maillard, Françoise Miquelis, Brigitte Faure, Ariane Mourier, Tristan Robin
Assistant à la mise en scène : Anne Poirier-Busson
Décor : Jacques Voizot
Lumières : Laurent Béal
Son : Guillaume Duguet
Costumes : Valérie Adda
Vidéo : Nathalie Cabrol
Assistée de : Jérémy Secco
Régie technique : Éric Andriant

Et retrouvez toutes les déambulations de Maria Nella en suivant le lien ci-dessous :

https://www.leblogtheatredemarianella.fr/

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