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Dans son premier One Woman Show « Nous les humains«  joué depuis 2016, dernièrement au Point Virgule à Paris, l’auteur, metteur en scène et comédienne Maryvonne Beaune nous entraîne dans son univers déjanté, tendre, espiègle mais aussi inflexible. Car l’enjeu est de taille : sauver le monde d’ici la fin du spectacle, « sans fuir en Ardèche« . Le regard caustique et sensible de l’artiste fait mouche. À un rythme relevé, les sketches percutants se suivent sur une palette colorée, dont les nuances assurent rapidement l’engagement de la salle secouée de rires.

Racontez-nous la genèse de votre spectacle « Nous les humains ». Qu’est-ce qui le rend aussi actuel aujourd’hui ?

 

Dans mon spectacle « Nous les humains », je parle de sujets légers comme la destruction de la planète, l’exploitation des animaux, la maltraitante des femmes (et réciproquement). (NDLR : rires de Maryvonne Beaune).

 

Quand j’ai commencé ce spectacle en 2016, on ne parlait pas autant de ces sujets. Depuis, Il y a eu les phénomènes #MeToo, L214 et bien sûr toutes les prises de conscience sur la catastrophe écologique en cours : le départ de Nicolas Hulot, les 42 degrés à Paris et l’Amazonie qui brûle. La bulle monte au cerveau, même si, l’idée qu’il soit trop tard pour éviter le pire (théorie de l’effondrement) est quand même assez insupportable… On n’est pas prêt !

 

Et c’est justement ça mon sujet. 70 % du vivant a disparu en seulement 40 ans. C’est tellement violent comme information ! C’est impensable.

 

Une façon de sortir de l’impuissance était pour moi d’écrire sur cet impensable, tragique, injuste. Et c’était important que le spectacle soit drôle. Qu’on puisse en rire avec le public, et en pleurer aussi, ensemble.

 

Comment expliquez-vous que nous les humains, on préfère rester dans le déni de cette cinquième extinction de masse, pourtant régulièrement annoncée par les scientifiques dans la presse ?

 

Il faut du temps pour intégrer l’ampleur de la catastrophe. Si on la ressentait vraiment dans notre chair, on serait tous en train de pleurer de douleur, nos enfants dans les bras, en hurlant des « pardon, pardon, on a tout détruit pour notre confort »…. Et on passerait par toutes les étapes du deuil, de la tristesse à la colère, jusqu’à l’acceptation, enfin. Et là, on passerait enfin à l’action. « Allez! on va changer notre façon de vivre, renoncer à notre confort, tous ensemble, main dans la main!  » Sauf que personne ne fait ça, à part une poignée de gens. On préfère se mettre la tête dans un sac, ou dans Netflix. Et comme tout le monde fait pareil, on se dit que ce n’est pas grave.

 

Quelle est la place de la danse et du clown de théâtre dans votre démarche artistique ?

 

J’ai reçu une formation complète en théâtre, danse et clown. J’ai un faible pour la danse, elle dit ce que les mots ne disent pas. Et le clown, le monde est trop grand pour lui. Il ne se place pas au-dessus des autres. Il est dans la même galère que les autres, voire plus ! Il est très attachant, humain.

 

Les associations comme L214 ont mis en lumière le droit des animaux. Comment avez-vous élaboré votre danse de l’abattoir ?

 

Je suis fan absolue de L214, c’est une association qui a su faire bouger les lignes de conscience. Maintenant, on sait ce qui se passe dans les élevages (même bio) et dans les abattoirs. Quant à la danse des abattoirs, elle m’est venue en dansant.

 

Pourquoi avoir créé le personnage d’Ursula Bottox ? Qu’est-ce qui la rend si attachante et percutante ?

 

J’ai toujours été fascinée par la dichotomie entre “la maman” et ”la putain”. Cette invention trouverait même son origine aux débuts de l’empire romain, au moment de la sédentarisation, quand il a ”fallu” créer le groupe des femmes ”bonnes à faire des enfants” maintenues à la maison pour s’assurer qu’elles ne tombent pas enceintes du facteur, et de l’autre, le groupe des ”femmes pour le plaisir des hommes”. Cette division des rôles de la femme a été inventée par les hommes et pour les hommes. Alors Ursula Bottox, c’est ”la pute”, celle qu’on exploite, qu’on ne respecte pas, qu’on humilie. Finalement, elle est la clef de l’histoire.

 

C’est quoi la culture pour vous ?

 

Vaste sujet que la culture. Déjà, je n’aime pas trop ce mot, il est trop vaste. Il englobe tout et son contraire, quand il n’a pas un côté prétentieux. Alors je parlerai plutôt d’art, d’expression, de spectacle vivant, de mots, de sons, de création, de partage, d’énergie. Je définirai le mot culture comme tout ce qui crée du lien entre les humains, et leur permet de s’élever au-dessus des zombies ! Voilà !

photo Maryvonne Beaune 2©Thomas Braut

Bande annonce du spectacle :

https://www.youtube.com/watch?v=GtvLG-Dvtqg

 

Propos recueillis par Aurélie Brunet,

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