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Samedi 14 décembre 2019. Nous sommes en plein milieu des grèves RATP et mes activités de blogueuse m’ont poussé à chausser mes baskets. Cet après-midi j’ai rendez-vous à Montparnasse pour ma première interview, celle de Violaine Arsac, l’auteure des Passagers de l’aube, l’un de mes trois coups de cœur du dernier festival d’Avignon. Quand j’arrive au point de rendez-vous à 16h, je suis un peu sur les genoux car j’ai déjà presque 9 bornes dans les pattes (c’est mauvais pour mes chevilles mais excellent pour mes kilos), mais je suis motivée à l’idée de passer un petit moment avec cette auteure si gentille et si abordable.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore l’histoire des « Passagers de l’aube », en voilà un petit résumé. Noé, est un jeune étudiant en neurochirurgie en passe de rendre sa thèse. Il est brillant et admiré de tous. Mais un jour il est confronté aux expériences de mort imminente (EMI). Intrigué par ce phénomène, il entreprend des investigations qui vont ébranler bon nombre de ses certitudes, remettant en cause l’essence même de ses recherches, voire sa vie toute entière. https://www.leblogtheatredemarianella.fr/l/les-passagers-de-laube/

Maria-Nella : Comment t’es venue l’idée de traiter un sujet aussi peu conventionnel que les EMI dans une pièce de théâtre ?
Violaine Arsac :
 En matière d’EMI, deux faits m’ont interloquée. Premièrement, ce sont des centaines de milliers de personnes qui rapportent le même témoignage : sortie du corps physique, sérénité, vison de sa propre existence en une fraction de seconde, tunnel puis grande lumière, rencontre avec des êtres disparus. Deuxièmement, il s’agit d’un phénomène indépendant de la région du globe, de la religion, de la culture, du milieu social, de l’âge. De là, je me suis dit qu’il serait intéressant de confronter les EMI avec le point de vue d’un médecin. A cet instant, il m’a semblé que je tenais le point de départ d’une pièce. Le déclic s’est fait quand j’ai compris que pour certains scientifiques et pour la physique quantique, ce phénomène s’expliquerait peut-être par le fait qu’une partie de notre conscience serait indépendante de notre cerveau. Alors pourquoi ne pas traiter de ce sujet au théâtre ? Dans ma compagnie « le Théâtre des possibles » nous montons des spectacles parlant du monde dans lequel on vit. Je me suis dit que le sujet des EMI ne pouvait que s’y prêter.

Maria-Nella : A la base tu n’as pas de formation en neurochirurgie. Pourtant la pièce est très structurée et semble être très crédible d’un point de vue médical. Comment t’y es-tu prise ?
Violaine Arsac : 
J’ai eu la chance qu’un médecin ait relu la pièce et y ait apporté son regard de professionnel nécessaire à la crédibilité de l’histoire. L’objectif était d’être le plus fidèle aux témoignages rapportés par les personnes qui ont vécu cette expérience tout en rendant la matière la plus accessible possible.

Maria-Nella : As-tu eu des retours du corps médical ?
Violaine Arsac : 
Oui, de la part de médecins très ouverts au sujet mais aussi d’infirmières et de personnes travaillant en soins palliatifs. Dans le public, il est possible qu’il y ait eu des médecins qui ne partagent pas ce point de vue sur les EMI mais ces derniers ne sont pas forcément venus me parler à la fin du spectacle. A la sortie du théâtre, plusieurs personnes ayant fait une EMI m’ont confié s’être retrouvés dans le récit de la pièce.

Maria-Nella : Etait-ce un choix délibéré de traiter des EMI sans aborder l’aspect religieux ?
Violaine Arsac : 
Bien-sûr car je pense qu’il est très important que chacun puisse être respecté dans sa religion ou dans sa non religion. Quelle que soit la croyance, si quelqu’un fait une EMI, il verra la même chose et il l’expliquera à travers son propre filtre, celui de ses propres convictions. C’est très intime.

Maria-Nella : Ces témoignages donnent beaucoup d’espoir ?
Violaine Arsac :
 Oui. Car les gens qui ont fait une EMI reviennent avec une autre vision de la vie et de la mort. Parfois même ils reviennent avec de nouvelles compétences (#trucdeouf) comme de parler une nouvelle langue ou savoir jouer d’un instrument de musique alors que le solfège leur était étranger. Il y a même quelques cas plus rares de gens qui reviennent guéris. Mais leur point commun est qu’ils reviennent avec la volonté d’être une meilleure personne.

Maria-Nella : Tu as signé ce très beau texte et également la mise en scène qui est très moderne, soignée et précise. Quelle a été pour toi la plus grande difficulté pour monter ce spectacle ?
Violaine Arsac :
 Quand j’ai écrit ce texte, je n’ai pas voulu me pencher directement sur la question de la mise en scène. Ce n’est qu’une fois au pied du mur qu’il a fallu s’adapter. Je voulais que tout s’enchaîne un peu comme des plans de film. Ce fut un travail complexe mais passionnant car la créativité est obligée de se développer. Ainsi, grâce au travail de mon équipe (les chorégraphies signées Olivier Bénard, les lumières de Stéphane Baquet, les décors de Caroline Mexme et les costumes de Clémentine Savarit) des idées ont sans cesse été trouvées afin de garder une grande fluidité.

Maria-Nella : Dans cette pièce les quatre personnages sont tous très attachants (même Roman à qui on a pourtant envie de mettre des claques au début) et notamment celui d’Alix. Si tu devais donner à chacun un mot qui les qualifierait, quel serait-il ?
Violaine Arsac : Difficile de les résumer en un seul mot car ils ont tous plusieurs facettes mais je dirais : Alix : lumineuse ; Noé : déterminé ; Roman : cartésien ; Jeanne : empathique.

Maria-Nella : La pièce cartonne depuis 2017. Elle est d’ailleurs considérée comme l’une des meilleures pièces du festival Avignon. T’attendais-tu à un tel succès ?
Violaine Arsac :
 En 2017, la pièce était complète d’un jour sur l’autre comme beaucoup de spectacles du festival. En 2018 et 2019, elle a été complète avec quatre ou cinq jours d’avance. J’avais confiance dans mes comédiens et dans mon équipe, j’avais donc à l’esprit que le projet pouvait bien marcher. Mais de-là à penser que la pièce décollerait à ce point, je ne m’y attendais pas. Ce qui m’a également surpris, c’est de dédicacer autant de livres à la fin de la pièce. C’est d’ailleurs un moment que j’affectionne particulièrement car c’est très précieux pour un auteur de rencontrer son public. C’est un bonheur d’avoir son ressenti, ses émotions en direct. C’est le moment que j’ai préféré du festival. Maria-Nella : Et le moment où nous avons échangé pour la première fois toi et moi. (Rires)

Maria-Nella : A la veille de la première Parisienne, quel est ton état d’esprit ?
Violaine Arsac :
 Je savoure ce qui m’arrive, c’est mon côté optimiste. Et puis je suis impatiente de retrouver mon équipe tous les jours et de rencontrer les spectateurs à la sortie. Néanmoins, pour être tout à fait honnête, je me suis quand même posée la question sur l’accueil que le public parisien réserverait à la pièce. Mais à Avignon, ce spectacle semble avoir touché le cœur et l’âme des gens. Alors pourquoi pas à ici ?

Maria-Nella : Et quel est l’état d’esprit de la troupe ?
Violaine Arsac :
 Ils en ont rêvé de Paris. Ils sont donc très heureux, mais également parce qu’ils aiment beaucoup être tous les quatre ensemble. Ce sont des comédiens très généreux, ils mettent toute leur âme dans leur interprétation. A la vie, ils s’entendent également très bien et je pense que ça se ressent sur le plateau. Ils arrivent à créer une énergie de groupe qui se dégage du spectacle. C’est une bonne bande d’amis… Maria-Nella : avec qui on a envie de boire de coups ! Violaine Arsac : et on en a pris beaucoup ! (Rires)

Maria-Nella : La pièce est jouée cinq semaines ce qui est le maximum de ce qu’on peut faire au Théâtre 13. Des prolongations sont-elles envisageables ?
Violaine Arsac : 
Si ça marche, pourquoi pas ? Ce qui est sûr, c’est que le spectacle est en tournée en mars-avril, puis également à l’automne prochain.

Maria-Nella : Parlons un peu de la compagnie le Théâtre des possibles. Que peux-tu m’en dire ?
Violaine Arsac : 
Il s’agit d’une compagnie née à Paris puis basée à Montrouge et dans laquelle je suis metteuse en scène associée depuis 2011. Philippe Lemaire en est le Président. En plus des « Passagers de l’aube », nous avons créé deux autres spectacles : « Bien au-dessus du silence » et « Tant qu’il y a la main des hommes ».

Maria-Nella : As-tu d’autres projets dans les tuyaux ?
Violaine Arsac :
 J’ai écrit une autre pièce qui s’appelle « La Dernière lettre » créée pour le festival d’Avignon 2020 et qui sera jouée à Théâtre Actuel. C’est l’histoire d’une femme qui reçoit une lettre de l’homme qui a été condamné pour le meurtre de son mari.
Il s’agit d’un spectacle sur la justice restaurative. Cette pièce se joue à quatre comédiens dont deux des « Passagers de l’aube », Grégory Corre, Mathilde Moulinat (Noé et Jeanne), Marie Bunel et Noémie de Lattre.

Maria-Nella : Ca ne te manque pas de jouer ?
Violaine Arsac :
 Dès que je me suis mise à faire de la mise en scène, ce fut clair comme de l’eau de roche. J’étais faite pour ça plus que pour le jeu. Et encore plus depuis que j’ai commencé à écrire. Je me sens vraiment à ma place.
Maria-Nella : et on te sent épanouie dans ce rôle.

L’interview se termine sur le sourire de Violaine et sur son optimisme contagieux. On lui souhaite ainsi qu’à toute la troupe un succès mérité à Paris et ailleurs.

Avant que je rechausse mes baskets pour le chemin du retour, je vous encourage à aller voir ce très beau spectacle des « Passagers de l’aube » et qui semble faire consensus. Pour les âmes sensibles, n’oubliez surtout pas les mouchoirs. Rassurez-vous, ce n’est pas un spectacle triste, juste très émouvant. Car après une telle pièce de théâtre, on se surprend à penser qu’au final le jour de notre mort, sera peut-être le jour du réveil éternel.

Et maintenant, à vous de jouer !
Maria-Nella
VA 001
« Les Passagers de l’aube »
Du 9 janvier au 9 février 2020, au Théâtre 13 (Jardin), métro Glacière.
Du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 16h.
Texte et mise en scène : Violaine Arsac
Interprète(s) : Grégory Corre, Florence Coste, Mathilde Moulinat, Nicolas Taffin
Chorégraphe : Olivier Bénard
Lumières : Stéphane Baquet
Décors : Caroline Mexme
Costumes : Clémentine Savarit
COMPAGNIE LE THÉÂTRE DES POSSIBLES
COPRODUCTION : ATELIER THÉÂTRE ACTUEL
COPRODUCTION : ZD PRODUCTIONS
Spectacle soutenu par l’ADAMI, la ville de Montrouge et l’INREES.

Et retrouvez toutes les déambulations de Maria Nella en suivant le lien ci-dessous :

https://www.leblogtheatredemarianella.fr/

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