Arno Elias à La Hune : un vibrant hommage aux espèces en voie d’extinction

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Au premier étage de la galerie La Hune, en plein coeur de Saint-Germain-des-Prés, en haut d’un escalier à la rampe en fer forgé ouvragée, trois pièces en enfilade, des murs blancs et un parquet clair fournissent un cadre sobre et élégant à l’exposition photographique d’Arno Elias. Dix-neuf pièces uniques pour un événement mêlant photographie, peinture et sensibilisation à l’extinction des espèces.

Arno Elias, artiste français protéiforme né en 1977, s’est rendu célèbre par son oeuvre musicale, en composant notamment l’ambiance sonore du Bouddha Bar. Mais c’est aussi un artiste engagé, qui a composé la musique de la campagne mondiale de l’UNICEF avec Shakira, ou encore celle de la Fondation Brigitte Bardot pour les droits des animaux. Un engagement qu’il réitère en créant en 2016 l’association I’m Not A Trophy (Je ne suis pas un Trophée), pour laquelle il crée une campagne photographique qui fait l’objet de cette exposition parisienne.

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Cette campagne a pour but de sensibiliser le grand public, et en particulier les jeunes générations, au risque d’extinction des grands mammifères, menacés par la chasse aux trophées, le braconnage et la disparition de leur habitat naturel en raison de l’activité humaine.

Comment faire dialoguer une démarche artistique avec une prise de position militante ? Arno Elias a choisi d’écrire un ode à la beauté et à la majesté de la nature sauvage pour mieux sensibiliser l’amateur d’art comme le grand public à la menace d’extinction qui pèse sur les grands mammifères. Lions, tigres, éléphants, girafes, rhinocéros, zèbres, gorilles, guépards et léopards ont été immortalisés par Arno Elias lors de son tour du monde. L’artiste a approché au plus près ces majestueux animaux, les photographiant avec humilité, restant parfois plusieurs heures auprès d’eux pour se faire accepter et avoir l’opportunité de les montrer au naturel, fiers, sûrs de leur domination sur leur environnement, en sécurité.

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Une sensation de puissance que transmet cette exposition, qui laisse toute la place aux photographies grand format, allant jusqu’à deux mètres de haut. Chaque oeuvre est créée en un nombre très limité d’exemplaires. L’artiste compose d’abord ses tableaux en superposant plusieurs photographies : par jeu de transparence, chaque espèce révèle un peu de sa personnalité et un échange se crée entre l’animal et son environnement, entre l’animal et la société humaine qui tout à la fois le menace et le chérit. L’artiste rehausse ensuite ses photographies de traits de peinture colorée, de feuille d’or et de poudre de diamant, rendant ainsi sur le papier l’effet irisé de la roche au soleil qui a marqué Arno Elias au Kenya. Une gamme de couleurs vibrante qui lui est propre, souligne les courbes et offre un contraste avec les photographies, majoritairement tirées en noir et blanc.

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Toujours, la signature d’Arno Elias est là, dans les inscriptions indéchiffrables qui ponctuent ses toiles : un langage créé par l’artiste, « mélange d’arithmétique, de mathématiques et des langages qu’il a rencontrés dans ses voyages », nous explique Audrey Leduey Lambert, la galeriste de La Hune.

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La démarche d’Arno Elias n’est pas celle de la confrontation entre l’homme et la nature, au contraire. Ses voyages lui ont permis de rencontrer des tribus locales, que l’artiste envisage aussi comme des « espèces » en voie d’extinction auxquelles il souhaite également rendre hommage. Quelques photos de Samburus du Kenya et d’Arborés d’Ethiopie témoignent avec force de ce dialogue.

 

 

 

Cara Delevingne, égérie de l’association I’m Not A Trophy, figure aussi sur trois des photographies présentées dans l’exposition, habillée uniquement, par jeu de superpositions et de transparence, d’un troupeau de zèbres ou d’un lion majestueux. « Il fallait une jeune femme forte et indépendante, elle est aussi très sensible à cette cause et courageuse dans ses prises de positions », explique le photographe. Cette collaboration de la première heure est l’un des axes développés pour donner à l’association et à la cause animale plus de poids médiatique. Un choix qui a porté ses fruits, puisque l’association a notamment été invitée à la 74e Assemblée générale des Nations Unies, en septembre 2019, pour discuter du rôle des entreprises dans la sauvegarde de la faune sauvage.

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YellowKorner, qui présente les œuvres d’Arno Elias depuis début 2018 et gère la galerie La Hune, a voulu s’associer à la démarche de sensibilisation de l’artiste à l’occasion de cette exposition. La maison d’édition française reverse ainsi un pourcentage des ventes des reproductions des œuvres de la campagne I’m Not A Trophy à la cause. Elle a également souhaité donner une symbolique forte à la gamme 40 x 50 cm des reproductions qu’elle édite, vendues dans ses plus de 120 magasins présents dans le monde. Au lieu d’être tirées à 5 000 exemplaires comme elles le sont habituellement, celles-ci sont en effet limitées au nombre de spécimens encore vivants de l’espèce concernée. Soit 1 500 pour les girafes ou 3 200 pour les tigres. Un partenariat qui permet donc de donner à I’m Not A Trophy une visibilité accrue tout en mettant en scène des œuvres qui méritent le déplacement.

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Extinction des espèces : le saviez-vous ?

L’association I’m Not A Trophy, créée en 2016, informe le grand public sur les menaces qui pèsent sur les animaux sauvages d’Afrique. Les faits sont alarmants.

Eléphant :
– Ils ne sont plus que 400 000, alors qu’on en comptait 10 millions au début du XXe siècle
– 96 sont tués chaque jour
– Illégalement chassés pour leur ivoire, leurs défenses sont souvent découpées alors qu’ils agonisent.

Rhinocéros :
– Il en reste 20 000, toutes sous-espèces confondues
– Cette espèce âgée de 50 millions d’années est proche de l’extinction
– Une corne de rhinocéros peut être vendue 500 000 $ au marché noir, un marché plus lucratif que celui de la cocaïne.

Lion :
– Il n’en reste que 20 000 spécimens, contre 450 000 dans les années 1940
– Le lion a totalement disparu dans 26 pays
– 5 600 personnes paient chaque année autour de 50 000 $ pour tuer illégalement un lion mâle et rapporter son trophée.

Tigre :
– Il n’en reste que 3 900, dont 20 pour la sous-espèce présente en Chine méridionale
– 3 des 9 sous-espèces de tigres sont éteintes
– Les tigres ont perdu 93% de leur habitat naturel, mais leur principale menace est le braconnage.

Guépard :
– On n’en compte plus que 7 100 individus
– La principale cause de leur extinction est le trafic de leur fourrure
– Les guépards sont très appréciés comme animaux de compagnie de luxe, ce qui contribue à la disparition de l’espèce.

Girafe :
– Il ne reste plus que 80 000 girafes, soit une diminution de près de la moitié de l’espèce en à peine vingt ans
– Cette hécatombe survient dans le silence le plus total
– La queue des girafes est considérée comme un porte-bonheur, leur cerveau et leur moelle épinière guérirait du sida, selon certaines croyances.

Léopard :
– Ils ont perdu 75% de leur habitat naturel
– 2 500 sont tués chaque année
– Leurs peaux sont utilisées dans des cérémonies religieuses.

Zèbre de Grévy :
– On n’en compte plus que 2 500 individus
– 87% de l’espèce a disparu depuis 1970
– L’industrie de la mode est la principale responsable de cette extinction en cours.

Gorille :
– Il n’en reste que 20 000 individus, contre 450 000 dans les années 1940
– 300 gorilles sont tués chaque année et des milliers capturés et mis en captivité
– Les pattes de gorille sont coupées pour servir de porte-bonheur.

Infos pratiques

Lieu :

Galerie La Hune / YellowKorner
Place Saint-Germain-des-Prés
16 rue de l’abbaye
75006 Paris
Téléphone : 01 2 01 71 83
Site Internet : www.la-hune.com

Horaires d’ouverture :

Du lundi au jeudi : 10h30-19h30
Vendredi et samedi : 10h30-20h
Dimanche : 11h30-19h30
Entrée libre

Site Internet de l’association I’m Not A Trophy : imnotatrophy.org

Par Laure Armand d’Hérouville,

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un commentaire

  1. Une expo claire et imprégnée de réalité, belle prise de conscience sur l’avenir de la Planète
    A voir absolument

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